La proximité avec des étrangers ça nous rend plus humain, qu’on le veuille ou non

 

La fois où l’on a décidé de se taper le tiers de l’Europe de l’ouest en bus. De la Croatie jusqu’à Frankfurt, Allemagne. Billets achetés sur internet, aucune information bien précise, le logo de la compagnie est rétro avec un genre de palmier. Ouais aller go on est motivés. Into the german lannnd. On est à l’heure, le bus est en retard, ça vient avec le prix.

Bon, et c’est pas parce qu’on est en Croatie qu’on se la coule douce au soleil, non, on est en Janvier, il fait -3 et le Bura est présent. Petite introduction au phénomène météorologique croate: le Bura, c’est le vent. Et ici, il est légendaire. En temps bien normal, il atteint les 80-100 km à l’heure. Fack on est là, au terminus d’autobus grouillant d’Européens, à manger une spécialité du pays: un pain fourré aux patates que tu trempes dans du yogourt. Le temps de 3 bouchées et j’étais fan.


On monte dans le bus jam packed, pas de place pour essayer de vivre un peu. Littéralement tous les sièges sont occupés. Même la lignée de 5 à l’arrière. Faut dire que la proximité avec des étrangers ça nous rend plus humain, qu’on le veuille ou non. On se met en route. Okay guys on est capable, on va y arriver. Même pas 10 minutes passées qu’une ligne infinie de lumière à brake s’étale devant nous.

Je m’assoie en essayant de gérer ma patience. Il est 21h00. Je me mets à chercher la gourde d’eau, gauche, droite, sacoche, manteau, dessous du banc, sacoche, criss. « Kyle? » « Non Sarah, I don’t know you had it last. » Shit. J’ai l’image de ma Nalgène voyageant solo sur notre dernier bus, s’en allant God knows where.


Ça nous prend un p’tit moment avant de réaliser qu’on est dans la ligne d’attente pour traverser la frontière de la Slovénie. Quatre heures d’attente. Quatre heures bien assez longues pour te faire regretter 25 fois ta décision et te laisser la gorge bin sèche. Je me dirige vers l’avant du bus « Scusez monsieur, can I use the toilet? » « No sorry we don’t let the passengers use it. »

Moment de silence.

Fack t’es en train de me dire que pendant les 16 heures de bus on va tous devoir psychologiquement ainsi que physiquement contrôler nos vessies? Bin voyons donc ciboire. Service hors-pair guys. La pisse-minute que je suis est vraiment pas down.


On baigne dans une marre de messieurs slaves, tous dans leurs quarantaines, tous bien indifférents à notre existence. Ils ont chacun leur breuvage Fanta et leur paquet de clopes suspendus sur le siège avant. Ils se crack des jokes par-dessus l’épaule, nous on est là à manger notre plat de pâtes fait de la veille chez nos amis couchsurfers.

Mais c’est là qu’être entouré de personnes qui ne comprennent pas ta langue, ça peut devenir amusant. Tu peux, à voix haute, leur shooter des commentaires sarcastiques. Genre le mec assis à tes côtés qui écarte bien comme il faut ses jambes et qui utilise pleinement ton espace de 4 pouces et demi ; « Scuse-moi hommie, j’vais avoir besoin de ce demi pouce pour y mettre mon genou » « Pour vrai homeboy, merci d’être un voisin hors-pair. » Tu lui souris, il te regarde du coin de l’œil, malaisé, se demandant qu’est-ce que tu lui veux. Ça va prendre une p’tite minute, mais tu vas le gagner ce demi pouce. Le sarcasme c’est international.

Une fois que ces gentlemans réalisent qu’ils ont assez de temps pour se fumer une clope pendant que le bus est en stand-by, vous les avez jamais vu bouger aussi rapidement. Un tsunami d’hommes se précipitant pour avoir leur dose de nicotine. Certain doivent même courir après le bus puisqu’on doit avancer ardûment dans cette marre de voitures impatientes. Nous on est toujours là, à manger notre chocolat noir 72% comme si on était devant un Tvshow. T’sais le genre d’émission qui joue quand t’allumes la télé dans un pays étranger. Ouais c’est ça, le genre toujours un peu dramatique-léger-pas-rapport. Il est minuit et nous sommes à quelques pas de la Slovénie.

Une fois passés la frontière, le chauffeur célèbre ça en mettant un CD de tounes catchy des années fin 90. Surement un de ces HIT MIX 1999. Il crinque le son. On essaye tous d’oublier qu’on existe le temps de 16 heures. Le temps de traverser le tiers de l’Europe de l’ouest.

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