Le tree planting et tout ce qui vient avec

J’arrive avec un mind set de: « Je m’en vais vivre trois mois dans la forêt de l’Ouest canadien, travailler avec la nature et feel good about what i am erning money for ».

5:45 le cadran sonne. Les premiers jours tu te sens tout frais, la motivation dans le tapis. Du genre early bird méditant et prenant son thé sur le bord du feu avant d’entamer cette magnifique journée. On se fait servir le déjeuner; il est 6:10. Embarque dans le pick-up, on se branche sur la station de radio « backspin » et on se crinque avec du Ice Cube. Une bonne heure plus tard, on arrive au bloc; le terrain où l’on plante les arbres. On t’attribue un lopin de terre d’une superficie relativement large et puis c’est ton terrain de jeu pour les prochains jours.

En réalité, on arrive sur les lieux après la tragédie: une bande d’excavateurs ayant abattu la forêt. Pour vous donner un petit aperçu de l’exploitation forestière dans l’Ouest canadien : la Colombie-Britannique représente en moyenne 40% du bois cultivé au Canada. Pour ce qui est de la superficie, les forêts couvrent pratiquement la moitié du territoire canadien, pour un total de 347 millions d’hectares. Tout ça, à l’échelle global, représente 9% de la forêt mondiale. L’ennui c’est que, depuis l’invention de la machinerie lourde, les compagnies ne choisissent plus soigneusement les arbres. Elles préfèrent la façon rapide : la coupe à blanc. Le Canada fait maintenant partie du top 4 des zones de déforestation élevée au niveau mondial. De quoi s’alarmer un peu, non? Heureusement, les multinationales exploitant nos forêts doivent replanter le même nombre d’arbres qu’elles coupent, et ce par loi. Elles engagent donc des compagnies forestières, qui elles nous engagent pour planter des bébés arbres de deux pouces et demi.

Malgré ces lois émises pour assurer la régénération de nos forêts, les coupes à blanc sont mortelles pour nos chers écosystèmes.  Certain liront ces statistiques, grimaceront amèrement et puis oublieront la gravité de la situation. D’autres trouveront une motivation au sein de ces chiffres et puis iront d’eux-mêmes replanter ces arbres.

Donc dans ta tête, tu avais cette belle et innocente image de toi qui plante agréablement, contribuant humblement à la reforestation de notre pays. Mais dans le fond, c’est toi sur un terrain composé de milliers d’arbres morts, tombés, et des montagnes de débris qui en découle.  Tu dois gérer un grand nombre d’obstacles. On te dépose des boîtes et tu dois bag-up; donc mettre le poids d’environ trois cent arbres sur tes hanches. Tu prends toute ta motivation accumulée et puis tu fais ton entrée en jeu. Tu te mets à planter. Naturellement, tu t’étais convaincu du fait que mettre un arbre dans le sol c’était pas compliqué; ça prend pas la tête à Papineau. Surprise! Il y a une liste d’au moins dix critères à respecter pour que ton arbre soit « accepté ». Puisque oui, ils checkent bien comme il faut la qualité de ceux-ci. Sur ce, ça fait déjà un bon cinq heures que tu bêches la terre, tu en as planté environ sept cent. Le soleil tape, t’es déjà sur le bord d’être à boute, et puis ton responsable vient t’annoncer que tu dois replanter chacun d’eux; puisqu’ils sont imparfaits. Là vient le moment où tu te demandes sincèrement : « Non mais, qu’est-ce que je fais ici? »

Ta bulle d’optimisme se pète assez rapidement. 5 :45 le cadran sonne, t’enfiles tes vêtements de travail encore humide de la veille, que tu n’as pas lavés depuis deux semaines. Le zipper de ta tente est gelé, la dernière chose dont tu as envie c’est de sortir de ta zone de chaleur. Mais tu dois, c’est toi qui a choisi d’embarquer les pieds joints dans cette expérience. Tu entends une planteuse dire: « C’est rendu un peu trop facile le tree planting, y’a comme plus de challenge. » Toi t’es là, encore en train d’essayer de comprendre comment ils veulent que tu plantes l’arbre; en te demandant franchement comment tu vas pouvoir un jour, toi aussi, dire quelque chose de semblable. C’est correct, ça peut juste aller en montant qu’ils disent.

Dans le fond, on pourrait comparer le tout à une grosse course à obstacles. Il y a des fois où tu dois planter des terrains que tu catégoriserais plutôt verticale qu’horizontale. Tu es là, à suer ta vie à travailler en angle, en essayant de ne pas sacrer le camp en bas du cliff. Un petit extra escalade, génial.  Sans parler du nombre de fois que tu pognes des débarques… solides. Essayes donc d’enjamber un amas de bois mort entrecroisé avec quarante-cinq livres posés sur tes hanches.  On s’en reparlera. Il faut tout de même avouer que ça rajoute une touche d’humour à ta journée. Là, aplati sur le sol avec aucune autre source de motivation que de rire de ta propre personne le temps de deux minutes. Vient le moment où les souches, de ce qui fût un jour un arbre, deviennent tes bonnes amies. Tu spot la plus confortable et tu déposes ton surplus de poids sur celle-ci. Tu regardes à l’horizon; un paysage à couper le souffle. Des immenses montagnes couvertes de neige et des forêts à perte de vue. T’inspires, t’expires. Tu te rappelles que la Terre n’a pas arrêtée de tourner.

Sur cet élan de counsciousness, je voudrais prendre le temps de remercier Eminem pour son incroyable support tout au long de ma première semaine. Sa musique était bien la seule chose qui me motivait à mettre un arbre dans le sol. T’sais, j’ai longuement pensé  à son amitié avec Dr. Dre, et puis pour vrai, je suis donc contente qu’ils se soient trouvés ces deux-là, de la grosse fraternité. Chapeau.

Sur ce, j’oserais peut-être dire que tu as plus de mauvaises journées que de bonnes en début de saison. Passer huit heures de temps  à essayer de gérer ton mental qui spin sans cesse, c’est vraiment pas toujours facile. Si tu as un truc qui te revient constamment en tête, et que ce truc est pas  jojo, prépare-toi à un bon ménage. Sans blague, planter des arbres c’est une énorme méditation. Tu es dans ta petite tête à journée longue, à dealer avec des conditions assez rough merci. Je vous donne un exemple: c’est le troisième jour de travail consécutif, ton énergie est déjà atténuée par l’effort physique constant, et puis t’as cette histoire de cœur qui ne cesse de venir te rendre visite. T’essais de te concentrer sur tes arbres, mais y’a ton petit hamster mental qui sprint en analysant de tous bord tous côté ton « histoire de cœur ». Ça te déconcentre, c’est vraiment énervant. Tu peux pas te changer les idées en parlant à quelqu’un ou en t’écoutant une télé série. Non, c’est juste toi et tes arbres. Tu jettes un coup d’œil à ta montre; il te reste encore sept heures  de temps à handle. Ça mes amis, c’est de la méditation.

Donc tu continues, t’es bien la seule personne présente pour te motiver.  Un arbre, deux arbres, trois arbres, « Ah ouais, j’avais jamais vue la conversation sous cet angle-là ».  Quatre arbres, cinq arbres, six arbres, « J’avoue, peut-être que j’aurais dû agir autrement ». Sept arbre, huit arbres, neuf arbres, « Ah si seulement … MERDE hamster prend un break, je veux juste planter mes bébés arbres ». Tu es là,  en plein milieu de la nature, à bouder, et ce pour aucune raison valable. La vie a décidé que tu devais surmonter une épreuve en plus aujourd’hui. Quelque chose se dépose sur ton épaule gauche, tu regardes. Un flocon de neige. Tu lèves la tête et aperçois un énorme nuage blanc se dirigeant tout droit sur toi. Un blizzard, la température drop à deux degrés, nous somme le 18 Juin.

Avec le temps, tu réalises que c’est vraiment juste une question d’attitude. Comme tout dans la vie dans le fond. Une fois que tu as passé le stade « ma vie est un enfer », tu apprends à apprécier la job. Tu constates ton amélioration à tous les jours, et repousser tes limites devient une satisfaction quotidienne. C’est rendu comme un jeu, et tu sais que tes chances de gagner augmentent à chaque jour. Et croyez-moi, quand tu atteints ton deux-milles arbres en une journée; c’est comme si tu venais d’arriver au sommet d’une montagne que tu hikes depuis trois semaines. Un seul mot : extase. Tu commences à comprendre pourquoi certain de tes collègues font ça depuis dix ans. Ils se font assez d’argent pendant trois mois et puis voyagent le reste de l’année.  Non mais, qu’est-ce que tu veux de mieux? C’est l’utopie des nomades qui ne peuvent rester trop longtemps à la même place! La vie est belle. Tu te trouves bien chanceux de pouvoir avoir accès à un salaire bien plus haut que le minimum, pour quelque chose qui s’en vient presque habituel. J’ai bien dit presque.

Planter des arbres c’est vraiment loin d’être une petite job  tranquille, ça forge ton caractère comme rien d’autre. C’est un gros défi que tu t’infliges pendant plusieurs mois, mais ce qui t’attends en bout de ligne est magnifique. Contribuer physiquement à la reforestation de nos forêts canadiennes, tout en vivant dans le bois pendant trois mois à tisser des liens uniques avec tes pairs. Même si j’ai pleuré une couple de fois et que l’envie d’abandonner me collait à la peau; je suis, oh donc heureuse d’avoir complété la saison. Malgré les jambes beurrées d’ecchymoses, les doigts complètement rappés, le fessier raqué comme jamais et les petites paniques à savoir si tes mains vont un jour décongeler et retrouver vie; c’est une job incroyable et je la conseille à n’importe qui voulant ajouter du piquant à son gagne-pain et puis couramment avoir des eyes contacts avec des ours.

La saison de planting a pris fin, tout le monde est back on the road. Une bande de jeunes errant sur les routes de l’Okanagan. People come and go, on le sait, ça vient avec le nomadisme.  Les personnes croisant ton chemin deviennent ta petite familia. Que ce soit pour une longue ou une courte durée. Home quickly becomes wherever you lay your head. Un mélange de réconfort éphémère et de bonheur futile. C’est satisfaisant, ça nous garde en vie. Je me suis trouvé deux nouveaux compagnons de voyage, un jeune homme et un chien nommé Trooper. On bum au gré du vent et on se sent vivant.

Bon été les cocos.

Source : Ressources naturelles Canada. Combien de forêts le Canada possède-t-il? Gouvernement du Canada,  01 décembre 2016. [En ligne].  Consulté le 19 janvier 2017

Disponible sur : http://www.rncan.gc.ca/forets/rapport/zone-forestiere/17602

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